I. UN SECTEUR IMMOBILIER SOUS TENSION
Des défaillances d’entreprises toujours en hausse
Au premier semestre 2026, 37.700 entreprises ont fait défaut en France, soit 1.500 de plus qu’au premier semestre 2025. Sur ces chiffres, près des deux tiers ont été placées directement en liquidation judiciaire.
Sur le seul deuxième trimestre 2026, 17.486 procédures ont été ouvertes, en progression de 5,4 % par rapport au deuxième trimestre 2025[1].
L’immobilier présente cependant des tensions particulières.
En effet :
- À fin juillet 2026, la Banque de France recensait 2.648 défaillances dans les activités immobilières sur les douze mois précédents, contre 2.521 sur les douze mois arrêtés à juillet 2025, soit +5 % en un an.
- Plus significatif encore, ce niveau est 33,5 % supérieur à la moyenne annuelle observée entre 2010 et 2019[2].
La promotion immobilière en première ligne
La promotion immobilière constitue l’un des points de tension les plus nets : 276 promoteurs ont fait défaut au deuxième trimestre 2026, soit une progression de 87,8 % par rapport au deuxième trimestre 2025[3].
Ce chiffre est d’autant plus intéressant que la construction, prise dans son ensemble, ne connaît pas la même trajectoire. En effet, à fin juillet 2026, la Banque de France recensait 14.351 défaillances dans la construction sur douze mois, contre 14.704 un an auparavant, soit une baisse de 2,4 %[4].
La crise ne frappe donc pas uniformément l’immobilier. Elle déplace la valeur et fragilise certains modèles davantage que d’autres.
II. LE LOGEMENT NEUF FRANCILIEN, RÉVÉLATEUR DE LA CRISE
Un net recul des mises en chantier
Au deuxième trimestre 2026, 12.127 logements ont été mis en chantier en Île-de-France, contre 14.481 au premier trimestre, soit -16 % en trois mois. La baisse atteint 34 % à Paris, 28 % dans les Hauts-de-Seine et 24 % en Seine-Saint-Denis[5].
Sur les douze mois allant de juillet 2025 à juin 2026, la situation est plus nuancée : 51.195 logements ont été commencés, soit 34 % de plus que durant les douze mois précédents. Mais ce volume demeure encore 8 % inférieur à la moyenne des cinq années précédentes.
L’écart grandissant entre autorisations et mises en chantier
Surtout, sur cette même période, 68.538 logements ont été autorisés pour 51.195 effectivement commencés. L’écart entre autorisations et mises en chantier atteint donc 17.343 logements, contre 16.031 sur la période précédente.
Un projet autorisé n’est évidemment pas nécessairement abandonné lorsqu’il n’est pas immédiatement mis en chantier. Mais cet écart illustre bien l’un des enjeux du marché actuel : entre la faisabilité juridique d’une opération et sa réalisation économique, il faut encore parvenir à la financer, la commercialiser et la rendre rentable.
Une onde de choc relative sur toute la chaîne de valeur
Un promoteur qui reporte une opération, c’est aussi potentiellement une mission qui disparaît pour un architecte, un bureau d’études ou une entreprise de travaux.
Dans ces circonstances, 246 agences d’architecture sont entrées en procédure collective en 2025, dans un secteur qui ne connaît traditionnellement que peu les procédures collectives. Il y en avait 170 en 2023. Et on en compte déjà 126 au premier semestre 2026[6].
Pour autant, les entreprises du secteur immobilier sont inégalement touchées :
- le gros œuvre présente une franche embellie (1 054 défaillances ; -12,4 % par rapport au premier trimestre 2025), portée notamment par la maçonnerie (-12 % sur la même période) et la construction de maisons individuelles (-11 %) ;
- le second œuvre suit la même tendance (1 922 ; -5,5 %) grâce à la bonne dynamique dans les travaux électriques (-15 %) et les équipements thermiques et climatiques (-20 %) ;
- certains métiers restent toutefois en grande difficulté avec une augmentation significative du nombre de défaillances, comme la plâtrerie (+13 %) ou la charpente (+57 %).
III. NOS RECOMMANDATIONS : S’ADAPTER, ET FINANCER LE TEMPS DE L’ADAPTATION
Le véritable sujet devient alors double : l’entreprise dispose-t-elle du temps et de la trésorerie nécessaires pour mener à bien ce repositionnement ? Et son offre est-elle encore cohérente et adressée à la bonne clientèle dans ce nouveau contexte de marché ?
Car une entreprise peut avoir un savoir-faire, des clients et une activité fondamentalement viable tout en se retrouvant fragilisée par six ou douze mois de baisse des commandes, des retards de paiement, un chantier décalé ou une dette bancaire, fiscale ou sociale devenue trop lourde.
Et c’est précisément à ce moment-là que l’anticipation juridique devient déterminante.
Le mandat ad hoc et la conciliation ne sont pas seulement des procédures destinées aux entreprises « au bord du dépôt de bilan ». Ce sont aussi des outils permettant à une entreprise encore viable d’acheter le temps nécessaire à sa transformation.
Confidentielles, ces procédures permettent aux entreprises de négocier avec leurs banques, leurs principaux créanciers, bailleurs ou leurs créanciers publics pour obtenir des délais, restructurer une dette, revoir certaines échéances ou rechercher de nouveaux financements.
La conciliation reste notamment accessible lorsqu’une entreprise est en difficulté juridique, économique ou financière, dès lors qu’elle n’est pas en cessation des paiements depuis plus de 45 jours[7].
C’est toute la différence entre subir une crise de trésorerie et la restructurer.
Attendre que la trésorerie soit épuisée réduit mécaniquement le nombre de solutions disponibles. Et lorsqu’une entreprise est en cessation des paiements et que son redressement est devenu manifestement impossible, la liquidation judiciaire s’impose[8].
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Les prochains mois vont probablement continuer à redistribuer les cartes dans l’immobilier.
Certaines entreprises disparaîtront. D’autres modifieront profondément leur offre et profiteront peut-être même de la recomposition du marché.
Pour celles dont les fondamentaux restent sains, la question ne sera donc pas seulement de savoir comment s’adapter, mais aussi comment financer le temps nécessaire pour s’adapter.
Et en période de tension, c’est souvent plusieurs mois avant la cessation des paiements que cette question doit être posée.
[1] Altares, Étude de défaillances et sauvegardes des entreprises en France – T2 2026, 16 juillet 2026
[2] Banque de France, Défaillances d’entreprises – juillet 2026, publié le 4 septembre 2026
[3] Altares, ibid.
[4] Banque de France, ibid.
[5] DRIEAT / SDES, Construction de logements neufs en Île-de-France au 2e trimestre 2026, données estimées à fin juin 2026
[6] Les Echos, Les architectes englués dans la crise de la construction, 8 septembre 2026
[7] C. com., art. L. 611-4
[8] C. com., art. L. 640-1
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